On ne compte plus les rapports, enquêtes, études… qui ont alimenté le sujet de l’orientation des jeunes depuis plusieurs décennies. Si les analystes s’accordent à pointer les carences du système éducatif en la matière, les solutions préconisées peuvent différer d’une commission à l’autre.

Quand le Sénat s’intéresse à l’orientation scolaire en France

La grande originalité de la synthèse publiée il y a quelques jours par le CESE (Conseil Economique Social et Environnemental) tient principalement à la façon dont les préconisations ont été orchestrées.

Après avoir établi un état des lieux circonstancié de l’orientation des jeunes français, le Conseil a mis en ligne une plateforme consultative qui n’est pas sans faire penser aux modalités d’organisation de l’Assemblée Constituante islandaise.

Pendant près de 2 mois, plus de 800 participations, 1400 contributions et 6700 votes ont été enregistrés. Le tiers des préconisations faites par le CESE est directement issu de cette participation citoyenne.

Ces contributions, nourries de plus de quarante auditions et entretiens, permettent d’établir un état des lieux partagé par les acteur.trice.s de la société civile organisée qui composent le CESE. Le présent avis est le premier s’inscrivant dans une démarche innovante de participation citoyenne. Une plateforme numérique a été ouverte durant presque deux mois pour solliciter les expériences, les avis et propositions des citoyen.ne.s. Leurs contributions alimentent l’avis et les préconisations.

Au terme de cette consultation, l’Avis du CESE a été adopté par 126 votes (10 votes contre, 26 abstentions).

Orientation des jeunes : peut mieux faire…

«  Inégalitaire, précoce, figé, verrouillé, violent  » sont les termes exprimés par les sociologues auditionné.e.s pour qualifier le système d’orientation de notre pays.

Cette phrase donne un aperçu assez fidèle de l’état des lieux tel qu’effectué par Laure Delair et Albert Ritzenthaler. Pointant les échecs des pouvoirs publics, les deux rapporteurs du CESE dresse un bilan pour le moins sombre de la situation de l’orientation des jeunes en France.

Les constats formulés s’articulent autour de plusieurs éléments d’étude successifs :

Un système d’orientation scolaire hiérarchisé et inégalitaire

La sélection par les résultats scolaires est représentative de la façon dont le processus d’orientation, puis d’affectation est opéré.

Les formations les plus convoitées accueilleront les élèves avec les meilleurs livrets scolaires, alors que les élèves sans affectation possible sur leurs vœux seront dirigés là où des places restent disponibles trop souvent au détriment de leur projet d’avenir.

À cette sélection par les notes s’ajoute l’existence de « structures figées » qui contribuent au cloisonnement des filières. Les passerelles théoriquement envisageables ne sont, dans les faits, que rarement exploitées.

Un contexte de réforme de l’Education

Parcoursup, apprentissage, baccalauréat, formation professionnelle : les réformes en cours n’ont pas davantage échappé aux critiques et aux questions que chacune d’elles soulève au regard des solutions à trouver pour une meilleure orientation des jeunes.

parcours d'orientation des jeunesLes temps de la jeunesse mal (re)connus

Le CESE confirme ce que les Conseillères et les Conseillers Tonavenir s’efforcent de prendre en compte depuis 2009 :

L’organisation de l’orientation scolaire, si elle veut s’adapter aux aspirations des jeunes, ne peut faire l’impasse sur au moins trois sujets majeurs : celui de l’autonomie laissée aux jeunes dans la construction de leur parcours, celui du sens donné à ces mêmes parcours et celui des moyens à mettre en œuvre pour leur donner la possibilité de réaliser le parcours de leur choix.

Durant cette phase essentielle de construction identitaire, de développement de l’autonomie et de la confiance en soi… le temps octroyé aux choix d’orientation est d’autant moins suffisant qu’il doit se faire dans un contexte de « pressions » familiales et sociétales parfois importantes.

Des pressions qui peuvent être cumulées avec les difficultés liées à la précarité dans laquelle se trouvent certains jeunes et qui tranchent avec les présentations idéalisées d’une jeunesse « digitale, entrepreneuse, diplômée, urbaine ».

Selon l’observatoire des inégalités, la moitié des personnes pauvres ont moins de 30 ans. Le taux de pauvreté chez les jeunes de 10 à 19 ans est de 12,5 % et de 12,2 % de 20 à 29 ans contre 8,1% pour l’ensemble de la population.

C’est la raison pour laquelle, dans le cadre du processus mis en place pour le Pass Révélation, il est vivement recommandé d’espacer les entretiens dans le temps afin de permettre au jeune de considérer les propositions qui s’offrent à lui avec le recul nécessaire.

Les aspirations démocratiques des jeunes confrontées aux fermetures des parcours d’orientation

Selon le Baromètre de la jeunesse 2017 du CREDOC cité par les rapporteurs…

plus d’un.e jeune sur deux (55 %) estime que son avis ne compte pas réellement au sein des espaces dans lesquels il.elle évolue (entreprise, école, université, association, club de loisir ou de sport, etc.).

Pour Laure Delair et Albert Ritzenthaler, le souhait avéré des jeunes de devenir acteurs de leur existence n’est guère compatible avec les processus d’orientation pré-déterminés existants.

La contradiction qui existe entre ouverture des possibles et fermeture des parcours, volonté de choisir et sentiment de ne pas être entendu, gagnerait à être corrigée dans les politiques publiques d’orientation. Cela pose la question du choix et du re-choix, ainsi que de la maîtrise de son parcours individuel et de la place laissée à l’expérimentation et au droit à l’erreur.

Les carences de l’orientation vues par les citoyens…

Dans un ultime chapitre, l’Avis rend compte des sujets représentatifs de la consultation citoyenne. L’orientation source de stress, un accès inégal à la formation souhaitée, une orientation marquée par le genre et l’origine sociale, l’orientation subie, l’insuffisance de l’accompagnement des jeunes dans leur parcours… comptent parmi les principaux thèmes abordés sur la plateforme.

quelles solutions pour l'orientation des jeunes

Quelles solutions pour l’orientation des jeunes ?

29 propositions de solutions, pas fondamentalement nouvelles pour la majorité d’entre elles, viennent conclure cet Avis. Ces « préconisations » sont réparties en 3 grands objectifs :

  1. Garantir les conditions d’un véritable accompagnement en matière d’orientation pour que les jeunes deviennent acteurs de leur orientation,
  2. Passer de procédures ponctuelles à un parcours progressif d’orientation choisie,
  3. Réussir son orientation pour une bonne insertion professionnelle.

Trois enjeux qui alimentent les débats sur l’orientation depuis fort longtemps et auxquels on peut néanmoins souscrire.

Certains s’interrogeront sans doute sur les conditions de mise en oeuvre de certaines de ces préconisations. Ainsi, il n’est pas garanti que Jean-Michel Blanquer est provisionné dans son budget (Préconisation n°4) l’augmentation notable du personnel d’orientation afin d’atteindre la référence européenne d’1 conseiller pour 800 élèves (contre environ 1500 aujourd’hui).

D’autres se demanderont peut-être s’il suffit (Préconisation n°2 et 3) de « former les jeunes et tous les acteurs du système éducatif à la question des déterminismes sociaux, y compris de genre » ou encore de mettre en place « une attestation égalité femmes-hommes dès le collège » pour changer la façon dont la société toute entière envisage les questions des « stéréotypes sexués » ?

Quoi qu’il en soit, comme le soulignent les rapporteurs en préambule de leurs conclusions…

Plusieurs réformes relatives à l’orientation concernant l’apprentissage, le baccalauréat, l’accès à l’enseignement supérieur et la formation professionnelle sont en débat ou mises en œuvre au moment de la présentation de cet avis.

Dans ce contexte de réformes en cours, il sera opportun de s’interroger sur les suites à donner aux préconisations formulées, indépendamment de leur pertinence ?