Série C avant 1995, S jusqu’en 2017, simple Spécialité aujourd’hui… les mathématiques auraient-elles perdu de leur superbe depuis la réforme du Baccalauréat 2021 orchestrée par Jean-Michel Blanquer ?

Pour le Ministre de l’Education Nationale, il n’en est rien. Au contraire, les mathématiques s’inscriraient désormais dans un champs élargi d’apprentissage des sciences, voire d’une matière qui pourrait être enseignée en géographie, en philosophie, en SVT…

Les mathématiques sont la seule discipline présente à chacun des étages de la réforme, selon le degré d’approfondissement souhaité, avec des parcours désormais personnalisés. Les jeunes matheux les plus mordus pourront faire plus de maths, quand d’autres pourront se satisfaire de la démarche plus inductive de l’enseignement scientifique.
Jean-Michel Blanquer – mars 2019 (Lemonde.fr)

Pas sûr que les enseignants concernés partagent la vision de leur ministre de tutelle.

Baccalauréat 2021 : qu’est-ce qui change pour les Mathématiques ?

Elles avaient leur propre filière (S) il y a encore deux ans. Las, depuis la réforme du baccalauréat et l’instauration des Spécialités, les mathématiques ne feront même plus partie du tronc commun de la voie générale.

Besoin d’aide pour sélectionner les 3 spécialités de 1ère ?

Dès la rentrée prochaine, les lycéens de première qui souhaiteront se frotter à la Forme canonique d’une fonction polynôme du second degré, devront avoir choisi, dès la fin de la seconde, les mathématiques en tant que Spécialité.

Les sceptiques, nombreux, s’interrogent :

Quid des élèves ayant besoin des mathématiques pour leur parcours de formation mais dont le niveau serait plus proche de l’ancienne filière ES ?

Est-il souhaitable de faire l’impasse sur la Spécialité Mathématiques si le projet d’orientation n’est pas défini ?

Un élève de première n’ayant pas choisi la spécialité Mathématiques pourra-t-il sélectionner l’option maths en terminale ?

S’agissant des mathématiques, comment corréler attendus universitaires et choix des spécialités et des options ?

Pour les mathématiques comme pour les autres enseignements de spécialités, c’est la liberté de choisir qui est offerte aux élèves

À l’instar de Parcoursup, qui permet aux lycéens de faire leurs « voeux » de formation post-bac, « l’école de la confiance » que prône Jean-Michel Blanquer est basée sur la liberté du choix octroyée aux élèves. Une condition nécessaire de la réussite en licence.

charles torossian - spécialité mathématiquesRencontré à Paris en marge du 20e Salon Culture et jeux mathématiques, Charles Torossian le confirme :

Lâchez-vous ! C’est ce qu’a dit le Ministre de l’Education. Que les élèves choisissent ce qu’ils aiment ! (…) Prenez ce que vous aimez. Soyez stable sur 3 pieds et avancez sur 2 l’année suivante (…)

Pour le conseiller de Jean-Michel Blanquer, co-auteur (avec Cédric Villani) du Plan pour l’enseignement des mathématiques présentés en février 2018, le raisonnement consiste à dire :

On donne la main aux élèves. C’est ça qui peut-être déplait aux profs. Et on considère, le ministre considère que les élèves sont des grands garçons et des grandes filles.

En définitive, qu’importe la spécialité choisie.

Charles Torrassian insiste sur le fait que les choix faits ne sont pas figés. Qu’ils n’empêcheraient pas un étudiant qui le souhaite d’opter pour des études de biologie à l’université après avoir fait de la chimie et de l’informatique au lycée.

Ce qui prévaudrait, c’est la capacité d’investissement, la capacité de travail de l’élève.

Ce qui est important pour la réussite en licence ce n’est pas que les élèves aient assisté passivement à un cours en première et terminale auquel ils n’ont rien compris. Ce qui est important c’est d’avoir des élèves qui ont la capacité de travailler, des compétences du 21e siècle, qui ont la capacité de s’enthousiasmer sur un sujet, de montrer qu’ils avaient de l’appétence, d’être capable de se motiver. C’est ça qui intéresse les facs.
L’élève moyen de terminale S, il n’intéresse pas l’université. Là on avait que des élèves moyens, les familles les poussaient là-dedans en disant oui mais c’est là qu’il faut que tu sois. Les élèves traînaient des pieds et après ils n’avaient pas envie de travailler en licence.
Charles Torossian – mai 2019

On pourra simplement se demander si cette responsabilisation forcée et précoce de tous est compatible avec l’absence de véritable projet d’orientation pour certains ?

Autrement dit, comment choisir des spécialités qui impliquent « capacités d’investissement et de travail » lorsque les choix post-bac ne sont pas arrêtés.

Beaucoup de lycéens, tout particulièrement les bacheliers généraux, peinent actuellement à faire des choix pour leurs études supérieures pendant l’année de terminale : il semble illusoire de penser que, parce qu’on l’aura décrété, les adolescents vont soudainement être capables de se décider deux ans plus tôt.
Association des Professeurs de Mathématiques de l’Enseignement Public – Décembre 2018

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