• francois afif benthanane

Zupdeco :
bientôt la fin des devoirs à la maison ?

Il y a de la grâce chez cet homme. Une manière d’élégance naturelle. François Atif Benthanane est un mélange de décontraction nonchalante qui confine au dandysme et d’austérité janséniste. Tout dépend du sujet que vous abordez en sa compagnie. Parlez-lui d’échec scolaire, de devoirs à la maison, d’orientation par défaut… Évoquez avec lui le sort de ces 140.000 jeunes qui chaque année quittent l’école sans formation ni diplôme. L’autodidacte par nécessité se mobilise, le visage se tend et la passion, comme mue par les souvenirs de son enfance, révèle sa puissance narrative.

Il s’interrompt et sourit. Le fondateur de ZupdeCo a aussi matière à se réjouir. Depuis sa création en 2005, l’association engagée dans la lutte contre le décrochage à l’école a aidé des milliers de gamins. Avec un talent avéré, François use et abuse de ce mélange de sérieux et d’humour sans jamais tomber dans la démagogie ou le misérabilisme. Il jongle avec les deux faces d’une même et sincère conviction pour convaincre ses interlocuteurs, fussent-ils journalistes, personnalités du spectacle, patrons de grandes entreprises ou acteurs de la vie publique.

Tutorat étudiant et devoirs au collège

L’année dernière, plus de 1700 collégiens ont bénéficié de l’accompagnement individuel d’un jeune tuteur, étudiant à l’université ou dans une grande école, mis en place par ZupdeCo. Ces 2h hebdomadaires dédiées aux élèves en difficulté ayant manifesté leur souhait de progresser ont permis d’augmenter de plus de 20% le taux de réussite au Brevet.

Depuis sa création, ZUPdeCO, avec le soutien de ses partenaires, agit pour favoriser la réussite scolaire du plus grand nombre. Sept ans que l’association œuvre sur le terrain pour stimuler des milliers de collégiens issus de familles défavorisées avec pour objectif de leur permettre d’obtenir le Brevet des Collèges, premier sésame de leur parcours scolaire.

Autre volet des dispositifs que souhaite étendre ZupdeCo : les devoirs vérifiés. Les étudiants bénévoles animent des séances d’accompagnement en mathématiques et en français dont la durée (jusqu’à 3h par semaine) varie en fonction des notes du collégien. Avec moins d’un parent sur 2 se déclarant capable d’aider son enfant dans toutes les matières, et 1 enfant sur 5 contraint de réviser chez lui dans des conditions « moyennes ou clairement difficiles », les « devoirs à l’école » apparaissent comme une solution opportune dont on peine à comprendre qu’elle ne soit pas systématisée.

contre les devoirs à la maison

Tonavenir.net est allé à la rencontre de cette personnalité atypique dans ses grands bureaux du 10e arrondissement de Paris.

Entretien avec François Benthanane


picto_filetZupdeco, Zupdecours, Web@cadémie… Vous animez plusieurs actions qui militent pour l’accompagnement et le soutien des jeunes en matière de scolarité et d’études. Pour quelles raisons vous être lancé dans ces « combats » ?

francois afif benthananeParce que le décrochage scolaire n’est pas une fatalité ! Pour remettre un jeune « sur les rails », tout est question d’accompagnement pour lui redonner confiance en ses propres capacités, stimuler sa motivation et tenter de résoudre ses difficultés au plus tôt, dès que celles-ci ont été identifiées. C’est un sujet qui me touche personnellement puisque je suis moi-même un pur produit du décrochage : j’ai quitté le système scolaire sans le BAC. Mes parents, débordés, n’avaient ni le temps ni les capacités de nous aider pour nos devoirs…

Mais, animé d’une grande détermination, j’ai quand même réussi à m’en sortir. Après avoir créé mon entreprise en parfait autodidacte, je suis finalement retourné sur les bancs de l’école pour suivre la formation Challenge+ de l’école HEC. Et j’en suis ressorti parmi les meilleurs de ma promotion, moi l’ancien décrocheur !

Aujourd’hui, je veux montrer aux jeunes que l’école est une partie importante de notre vie et que si difficultés d’apprentissage il y a, rien n’est insurmontable. Quant à ceux qui comme moi ont décroché, rien n’est terminé : chacun peut avoir droit à une seconde chance.  J’en suis une parfaite illustration …

Zup de Co s’attaque au décrochage scolaire dans les collèges, avec un dispositif qui stimule les élèves les plus en difficultés afin de leur permettre d’obtenir le Brevet, premier sésame de leur parcours scolaire.

picto_filetL’opération « Les devoirs c’est à l’école, pas à la maison ! » est une réponse aux difficultés que rencontrent certains enfants pour réviser chez eux dans de bonnes conditions. Un constat qui expliquerait le taux important d’échec scolaire des élèves arrivant en fin de troisième. Quelles difficultés rencontrez-vous pour mettre en place cette campagne ?

Une chose est sûre : la question des devoirs est un sujet sensible qui déchaîne les passions. Notre objectif n’est pas de les supprimer, simplement de déplacer le lieu où ils sont faits de la maison vers l’école. Aussi, nous avons mis en place un dispositif d’accompagnement aux devoirs directement au sein de nos collèges partenaires. Le retour des familles est unanime : elles sont soulagées. Pas parce qu’elles seraient démissionnaires et désintéressées de la scolarité de leurs enfants, c’est là un mythe qu’il serait bon d’abandonner pour réellement faire avancer le débat. Parce que justement, elles sont très conscientes des enjeux et que l’école représente un immense espoir pour l’avenir de leurs enfants.

Les devoirs à la maison cristallisent toutes les inégalités et nous nous attachons à déculpabiliser les parents.

De ne pas avoir assez de temps, de ne pas avoir les capacités suffisantes dans toutes les matières, de ne pas avoir les ressources pour se tourner vers du soutien scolaire payant… Contrairement aux idées reçues, ces cas de figure concernent plus de familles que ce que l’on imagine. D’après les résultats de l’étude que nous avons réalisée : 71% des parents déclarent ne pas avoir les capacités nécessaires pour assister leurs enfants dans toutes les matières, 3% allant même jusqu’à se déclarer impuissants. Et dans la réalité des faits, 1,5 million de collégiens seraient aidés moins de 15 minutes par jour…

fin des devoirs à la maison

picto_filetSi des dizaines de milliers d’enfants ont des lacunes en français et en mathématiques à l’arrivée au collège, c’est que des retards d’apprentissage se sont accumulés en primaire. Pourquoi ne pas agir aussi durant cette phase essentielle de la scolarité ?

Un jeune sur cinq arrive au collège sans savoir lire, écrire, compter… Aussi, je comprends cette interrogation qui revient souvent et j’avoue y réfléchir.

ZUPdeCO est une association dont le fonctionnement repose essentiellement sur l’engagement d’étudiants bénévoles à nos côtés. Je dirais même qu’ils sont, avec les volontaires en service civique, le bras armé du développement de nos actions sur le terrain. Plus nombreux ils seront à se mobiliser, plus nombreux seront les enfants que nous pourrons accompagner, c’est mathématique. Lors de la création de l’association en 2005, il a bien fallu faire un choix avec les moyens qui étaient à notre disposition à l’époque. Raison pour laquelle, pragmatiques, nous avons choisi de nous concentrer sur les collèges situés dans les réseaux d’éducation prioritaires (REP).

Par ailleurs, les enfants au collège ont un niveau de maturité plus important, une meilleure capacité de concentration, ce qui tend à faciliter l’accompagnement. Les collégiens sont plus proches en âge de nos tuteurs eux-mêmes jeunes adultes, et cette proximité favorise une qualité d’échange intéressante.

A tous ceux qui veulent nous aider et vivre une expérience humaine enrichissante qui leur permette de développer des compétences utiles à leur future vie professionnelle, nous avons lancé notre campagne de recrutement sur le site Zupdeco. A bon entendeur…

picto_filetLa réforme du collège voulu par François Hollande a pour ambition de « permettre à chaque élève de développer son potentiel de compétences, en particulier celles définies par le nouveau socle commun ». Les moyens mis en place par les pouvoirs publics vont-ils selon vous dans le bon sens ?

Je dirais que toute initiative qui vise à en finir avec la voie sans issue du décrochage scolaire et du chômage des jeunes va dans le bon sens. Aujourd’hui, l’échec scolaire coûte une fortune à la collectivité : plus de 32 milliards d’euros !

Après dans la mise en œuvre sur le terrain, je conçois qu’il soit difficile d’en demander plus à un corps professoral dont la situation s’est passablement dégradée au fil des années.

Et s’il n’y a plus d’argent dans les caisses pour mener à bien les ambitions de la réforme, c’est que la solution est peut-être ailleurs…

Nous avons la chance d’avoir une immense force vive à disposition et nous passons à côté d’un vrai potentiel : les étudiants. L’engagement bénévole des jeunes ne cesse de progresser et la France serait le deuxième pays d’Europe le plus engagé. Alors, pourquoi ne pas s’appuyer sur leurs instincts citoyens ? Si seuls 5% des étudiants nous consacraient 48 heures de leur temps par an, nous aurions la capacité d’accompagner et d’aider, avant qu’il ne soit trop tard, plus de 100 000 jeunes chaque année.

picto_filetQuel accueil ont reçu vos initiatives au niveau du Ministère de l’éducation nationale ?

ZUPdeCO est agréée association complémentaire de l’enseignement public par l’Education Nationale, aussi j’aurais tendance à dire que le Ministère approuve nos actions. Le plus important, c’est que nous ne venons pas en opposition, jamais, mais bel et bien dans une logique de complémentarité pour venir combler des besoins de façon ciblée avec les meilleurs résultats possibles.

picto_filetÀ quoi ressemblerait pour vous l’école idéale ?

Victor Hugo disait : « Celui qui ouvre une porte d’école, ferme une prison ». Mon école idéale serait celle qui enseigne à la classe tout en respectant les trajectoires individuelles, celle qui encourage l’espérance et rend possible l’impossible. Pour moi, l’école idéale serait celle qui laisse la porte grande ouverte aux différents acteurs prêts à se mobiliser pour la réussite de tous.

2018-06-13T21:16:49+00:00