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Mon métier ? La marqueterie de paille

Il arrive que certains lieux aient le pouvoir de changer instantanément votre rapport au monde environnant. Il suffit parfois de pousser une porte vitrée pour passer d’une urbanité tumultueuse à une effervescence heureuse. Pénétrer dans l’antre de Lison de Caunes produit cet effet étonnant. Quant à l’écouter nous parler de son métier de « marquetrice de paille »

Nichés au fond d’une petite cours arborée du 6ème arrondissement de Paris, les ateliers de marqueterie de paille Lison de Caunes accueillent quatre jeunes artisans concentrés. Shavinda, Cécile, Camille et Jules s’activent dans la pièce à peine chauffée qui regorge d’objets hétéroclites : cutters, crayons à papier, colles, plioirs, fendoirs, fers à repasser, pinceaux de toutes tailles… Chacun d’eux fend, ouvre, aplatit, écrase, frise, colle silencieusement les fétus de paille, tandis qu’une vieille radio à pile diffuse péniblement les notes sourdes d’une sonate pour piano.

Autant sont-ils absorbés quand ils s’affairent, autant les jeunes gens deviennent-ils intarissables lorsqu’on les interrogent sur leur métier. La passion, assurément, les anime. Il suffit d’écouter Cécile ou Jules raconter leur parcours respectif pour s’en convaincre.

marqueterie de paille

La marqueterie de paille est un métier d’art !

La marqueterie de paille est aux métiers d’art ce que le maraîchage est à l’agriculture : une activité somme toute assez peu répandue. Spécialité quasi confidentielle de la marqueterie de bois, la marqueterie de paille compte moins d’une dizaine de Maîtres d’art en France. Lison en fait partie.

andre-groultElle tient cette passion de son arrière grand-père qu’enfant elle observait dans son atelier. Pendant l’entre-deux-guerres, André Groult a redonné ses lettres de noblesse à cet art de la paille un temps délaissé qu’il compléta avec l’utilisation de la laque, du parchemin et du galuchat. Meubles, salons, paravents, murs et objets divers et variés servirent de support aux velléités d’innovation de l’illustre décorateur.

L’entourage proche d’André Groult comptait alors quelques prestigieux représentants de la scène artistique de l’époque : père de l’écrivaine et féministe engagée Benoîte Groult, beau-frère du créateur Paul Poiret, époux de Nicole Groult elle-même maître de la mode Art-déco et qui noua une grande amitié avec Marie Laurencin, peintre et muse d’Apollinaire… Celui qui aménagea un luxueux appartement du paquebot le Normandie côtoyait le Paris intellectuel et mondain de cette première partie du XXe siècle.

Lison de Caunes pouvait-elle ignorer cette prestigieuse lignée d’artistes pour nourrir ses passions créatives ?

Qu’aimez-vous le plus dans ce métier d’art ?

lison de caunesJe vais vous dire : tout ! J’aime la matière première. J’aime la transformation de la matière première, qui est donc de la paille de seigle, quelque chose de très ordinaire en un objet extrêmement luxueux, parce que la marqueterie de paille c’est luxueux, c’est chatoyant. J’aime le fait qu’il n’y ait pas de vernis, pas de transformation chimique, et qu’il n’y ait rien du tout, que ce soit vraiment la paille, soit naturelle, soit teintée, et ensuite appliquée, pas de vernis, rien ! J’aime le côté de la matière qu’on voit.

L’ébénisterie, passage obligé de la marqueterie de paille

En l’absence de formation dédiée, c’est par le travail du bois que Lison de Caunes fit son apprentissage. Formée d’abord à la dorure et la reliure à l’UCAD (Union Centrale des Arts Décoratifs), elle prit ensuite des cours d’ébénisterie afin « d’acquérir les techniques qui lui permettraient de travailler la paille ».

…au quotidien, la paille c’est un enchantement !

Dixit Cécile, dont l’enthousiasme réjouissant s’accorde avec la décision de cette ancienne informaticienne de changer d’orientation. À l’instar de Camille et de Jules, la jeune femme a commencé par un CAP en ébénisterie avant de se spécialiser dans la marqueterie de paille à l’école Boulle. Tandis que Shavinda, formé par Lison, n’a suivi quant à lui aucune formation particulière pour devenir marqueteur. Le plus souvent, les formations spécifiques à la marqueterie de paille requièrent préalablement d’apprendre la marqueterie de bois.

Pour ceux qui pensent être attirés par cette activité et souhaiteraient la découvrir plus concrètement, Lison de Caunes organise régulièrement des stages dans ses ateliers parisiens. La « meilleure façon de résister à la tentation serait d’y céder »*.

* Oscar Wilde
2018-06-19T08:27:13+00:00