HEC fut le premier à en bénéficier, NEOMA BS pourrait bien être le dernier en date. Depuis leur création en décembre 2014, les Établissement d’Enseignement Supérieur Consulaire (EESC) ont le vent en poupe. Institués dans le cadre de la Loi Mandon “relative à la simplification de la vie des entreprises”, ces établissements ont désormais les moyens de leurs ambitions de croissance.

Écoles consulaires kezako ?

établissements consulairesIl existe environ 150 établissements consulaires en France, dotés d’une mission de service public, qui dépendent financièrement et juridiquement des Chambres de commerce et d’industrie. Habilitées à délivrer des diplômes reconnus par l’état, ces écoles sont majoritairement constituées en association, voire ne sont que de modestes services des CCI.

Confrontées par ailleurs à l’assèchement de leurs ressources fiscales, l’enjeu de leur autonomie se posait depuis plusieurs années.

EESC : une privatisation en douceur !

Pourvu de ce statut, toutes les écoles concernées (commerce, ingénieur…) peuvent désormais se libérer des contrôles et des règles de fonctionnement, souvent drastiques et contraignantes, assignés aux établissements publics. Un pas avéré vers une privatisation de fait, gage d’une souplesse accrue et de perspectives élargies de développement.

Les établissements d’enseignement supérieur consulaire sont des personnes morales de droit privé régies par les dispositions législatives applicables aux sociétés anonymes, dans la mesure où elles ne sont pas contraires aux dispositions spécifiques qui les régissent.
Loi “Mandon” du 20 décembre 2014

Grâce à ce nouveau régime, les écoles consulaires fonctionnent comme une entreprise privée. Pour les écoles de commerce et d’ingénieur en particulier, confrontées à une forte concurrence mondiale, c’est l’opportunité de lever les fonds nécessaires à leur croissance, de valoriser leur capital foncier quand celui-ci est cédé par la CCI et de disposer de marges de manoeuvre plus grandes pour recruter, nouer des partenariats, se moderniser, s’implanter à l’étranger…

investir dans les écoles consulaires

Les Établissement d’Enseignement Supérieur Consulaire séduisent les investisseurs

Rachat de Studialis par la firme américaine Providence Equity en 2015, de LIUF (Laureate international universities France) par le fonds Apax Partners en avril 2016, “alliance” de Brest Business School avec le groupe chinois Weidong Cloud Education… Depuis HEC Paris et l’ESSEC, premières écoles de commerce à avoir opté pour le statut d’EESC, la valse des prises de participation au capital de ces sociétés anonymes d’un genre un peu particulier n’a cessé de s’étendre.

Selon Anne Vinokur (Professeur émérite de sciences économiques à l’Université de Paris X), citée par le site Educpros, c’est bel et bien la rentabilité moyenne à deux chiffres qui attire les investisseurs du secteur.

la destruction de l'université françaiseQuant à ceux, tel Christophe Granger dans son ouvrage La destruction de l’université française (La Fabrique éditions), qui estiment que “l’université française a vécu” et que c’est désormais à “la compétitivité, à la concurrence et même à la flexibilité qu’on rapporte à peu près tout ce qui s’y passe”, Bertrand Léonard, à la tête de la Fondation HEC, relativise :

La CCI reste majoritaire et aucun actionnaire ne pourra dépasser 33%. Il n’y aura pas non plus de dividendes. C’est une sorte d’économie mixte entre État et privé, une société à but non lucratif avec une mission d’intérêt général. Ce n’est pas du tout une privatisation.

L’avenir dira si cette nouvelle façon de penser l’enseignement supérieur public profitera aux étudiants eux-même ou si elle s’inscrit dans “l’économie du savoir” que voue aux gémonies Christophe Granger, parce qu’elle n’est plus là pour “éveiller une intelligence du monde”, mais se doit “d’être utile” et de répondre aux “besoins du marché du travail”.

Photo en Une : Fabian Blank