C’était il y a deux ans. J’avais assisté à une réunion d’information organisée par le collège parisien où était scolarisé mon fils. À grand renfort de graphiques et de savants schémas, le directeur de l’établissement, soutenu par sa conseillère d’orientation, avait tenté d’expliquer les rouages d’Affelnet aux quelques parents présents.

Malgré les efforts de ces pédagogues efficaces, je confesse n’avoir guère intégré les subtilités de ce logiciel apte à sélectionner LE lycée adapté au profil d’un adolescent de 14 ans sur des critères (proximité géographique du domicile, niveau des revenus des parents, résultats scolaires) dont je peine encore (au moins pour les 2 premiers) à déceler la pertinence.

Comprendre ce qu’est l’orientation scolaire et professionnelle

En écoutant la spécialiste estampillée de l’orientation scolaire & professionnelle, j’ai en revanche parfaitement compris que la filière Pro n’était guère enviable pour qui envisage un parcours estudiantin digne de ce nom.

Avec l’ostensible aplomb d’un général de brigade refusant d’appliquer la stratégie de son état major, la fonctionnaire de l’Éducation Nationale opposait cursus généraux et voie professionnelle : opter pour le second c’était prendre le risque de ne jamais pouvoir ré-intégrer un « parcours normal ».

Entre la rhétorique égalitariste prônée par l’État, la perception et la retranscription sur le terrain par ses représentants, le message est-il bien passé ? On a beau nous vanter les mérites de l’Apprentissage et ses formidables opportunités de débouchés sur le marché du travail à coups de campagnes de communication, la filière pro n’en reste pas moins vue comme une voie de garage, y compris par celles et ceux qui sont censés la défendre.

Les élèves sont souvent orientés par défaut : on se dit qu’un tel n’est pas assez bon, qu’il dégage en filière Pro.

(Sophie Laborde-Balen – Magazine Causeur de juin 2015 – page 52)

orientation scolaire & professionnelleRoulette russe pour l’orientation en fin de Troisième et discours à géométrie variable à propos des filières existantes. Le magazine Causeur a raison de parler de « Génération désorientée » dans le dossier d’une vingtaine de pages qu’il consacre à l’école (n°25 / juin 2015). Le pluriel serait d’ailleurs de mise. Car les parents ne sont pas moins déboussolés par la façon dont on « déconstruit l’école », pour reprendre la couverture de Causeur.

C’est ce décalage entre une réalité dont nos gouvernants ne semblent pas se soucier et les efforts engagés par ceux qui n’entendent pas demeurer les bras croisés qui mérite d’être souligné.

À l’instar de Tonavenir.net, société fondée en 2009 par la maman d’une jeune fille de 17 ans au profil atypique, qui s’efforce avec succès de donner des réponses personnalisées aux questions singulières de ces parents et adolescents « désorientés ».

Dans un long entretien avec le Directeur de la publication de Causeur, Sophie Laborde-Balen « regrette que l’Éducation Nationale prétende n’avoir besoin d’aucune aide » et s’étonne que ce qui est compris et toléré en matière de soutien scolaire prête à circonspection quand il s’agit de conseil en orientation scolaire et professionnelle.

magazine Causeur

Elizabeth Lévy – © Causeur

(…) la catastrophe de l’école est tout entière contenue dans la formule oxymorique employée par le président de la République : « l’excellence n’est pas un privilège, c’est un droit ». Prix Nobel pour tous ! Seulement voilà, personne ne sait comment transformer tous les élèves en premiers de la classe, tout simplement parce que c’est impossible.

La remarque d’Elizabeth Lévy n’est pas dénuée de fondement. Ajoutons que le plus souvent associée à des formations telles que l’ÉNA, HEC, Polytechnique… L’excellence s’inscrit dans une conception élitiste de l’activité professionnelle. Comme si le qualificatif ne pouvait s’employer qu’affublé d’un statut d’inspecteur des finances, de patron du CAC 40 ou de directeur d’un Think Tank néo-libéral. Comme s’il était impossible d’exceller dans un métier manuel.

L’égalité des chances n’a de sens que parce qu’elle offre à chacun la possibilité de faire ce pourquoi il est fait, voire ce à quoi il aspire si tant est qu’il en ait la volonté et le courage. Dans ce contexte, notre rôle à nous, conseillers d’orientation chez Tonavenir.net, consiste à accompagner les jeunes que nous rencontrons dans cette quête d’un métier dans lequel ils s’épanouiront, en trouvant la formation qui correspond à leurs souhaits et à leurs capacités. Nul doute qu’alors, motivés, voire passionnés, ils excelleront dans ce qu’ils font quoiqu’ils fassent.

Car voilà l’essentiel : contribuer modestement à révéler ce qui pourrait les rendre heureux dans leur vie professionnelle.

Déconstruire l’école. Qui a eu cette idée folle ?

Retranscription d’une partie de l’entretien accordé par Sophie Laborde-Balen au magazine Causeur dans le cadre d’un dossier consacré à la réforme de l’enseignement.
Causeur n°25 de juin 2015

Causeur. Comment avez-vous eu l’idée de créer Tonavenir.net ?

Sophie Laborde-Balen. En 2008, ma fille aînée, Salomé, avait 17 ans, et je me suis aperçue qu’il y avait un gros problème d’orientation dans notre système scolaire. Il faut dire que c’était une jeune fille un peu atypique qui avait envie de partir loin et d’avoir un métier pas comme les autres. Elle posait donc des questions hors normes auxquelles je ne trouvais presque pas de réponses.

J’ai rencontré plusieurs associations qui me proposaient des brochures sur les différents cursus, mais aucune ne fournissait d’aide personnalisée. Je me suis donc mise à chercher par moi-même. Puis, me prenant au jeu, j’ai décidé de vendre mon cabinet de podologie et de me former à un nouveau métier : le conseil à l’orientation. J’ai fini par monter mon cabinet fin 2009.

Vous êtes devenue une spécialiste de l’orientation en assez peu de temps. Comment vous y êtes-vous prise ?

J’ai envoyé un nombre incalculable de mails à des proviseurs de lycée et des doyens d’université, qu’il m’arrivait aussi de rencontrer. En deux ans de travail, j’ai rédigé entre 1 500 et 2 000 fiches – aujourd’hui, ma base de données en comporte plus de 4 000 – apportant des réponses concrètes sur l’intégralité des filières existantes : « Quelle est la différence entre le BTS commerce international et le BTS management des unités commerciales ? Quels livres lire l’été précédant le concours d’entrée à Sciences Po ? » Quel est le profil type de vos clients ?

J’accompagne des jeunes de 15 à 25 ans, de l’élève de troisième à l’étudiant de licence qui ne sait pas quel master choisir.

Quant aux parents, leur caractéristique commune, c’est bien évidemment d’être intéressés par le devenir de leurs enfants et de vouloir savoir quels métiers ont le plus de débouchés. Dans mon cabinet de Saint-Cloud, j’ai plutôt affaire aux classes moyennes supérieures, mais nous avons développé 17 antennes franchisées qui reçoivent des publics plus divers. À Saint-Étienne, ou à Mitry-Mory, en Seine-et-Marne, à la limite du 93, mes conseillers franchisés travaillent avec des élèves de milieux moins favorisés.

Au total, nous traitons environ 3 000 dossiers par an et nous ouvrirons bientôt des antennes à Nantes et à Aix-en-Provence.

Vous semblez combler une partie des carences de l’Éducation nationale. Croyez-vous possible que l’école assure un service d’orientation aussi personnalisé que le vôtre ?

Causeur Sophie Laborde-BalenLes conseillères d’orientation font bien leur travail mais n’ont pas le temps de consacrer six heures à chaque élève et à sa famille comme nous faisons. Je ne vois d’ailleurs pas comment le budget du ministère pourrait assurer cette charge !

Ce que je regrette, c’est que l’Éducation nationale rejette toutes mes offres de partenariat et prétende n’avoir besoin d’aucune aide extérieure. C’est un sacré manque de lucidité, car, chaque année, nous avons de plus en plus d’élèves, ce qui prouve que nous apportons un plus.

Mais, pour l’Éducation nationale, privé est synonyme d’affairisme. Les profs ne devraient pourtant pas se leurrer, car énormément d’élèves prennent des cours privés. En terminale, ils sont 95 % à prendre au moins un petit cours en dehors du lycée.

Pourquoi serait-ce choquant que les enfants aient recours à un cabinet d’orientation privé alors qu’ils font déjà appel au soutien scolaire privé ?