Il est fréquent de voir le jeune et ses parents arriver dans mon cabinet un peu tendus la première fois ! Une appréhension loin d’être inintéressante car outre la crainte (infondée !) de ne pas trouver chez moi ce qu’ils sont venus chercher (des solutions), elle porte souvent en elle la marque de non-dits caractéristiques de ce monde totalement clos qu’est la famille.

Dans le cadre d’un bilan complet, le 1er contact est alors un moment essentiel de questionnement et d’écoute. Les souhaits adolescents sont exprimés avec parcimonie, tandis que les freins, voire les exigences parentales émergent progressivement. Peut-être même se font-elles plus prégnantes à mesure que les jeunes langues se délient.

Il convient parfois de faire le tri entre les passions d’enfance condamnées à rester des hobbies et la voie de la raison prônée par les adultes, qui souvent l’emporte ! Faut-il donner tort aux uns contre l’autre ? Comment démêler le vrai du faux, le bon choix du mauvais si tant est qu’on puisse jauger d’un avenir souhaitable sur des critères aussi binaires : bien, pas bien ? En tout cas ce n’est pas mon rôle.

Il y a quelque temps, j’ai reçu Marion (appelons-la Marion !). À l’issue du test d’orientation et des 2 entretiens que nous avons eu seules toutes les deux, Marion m’a confiée à demi-mot qu’elle rêvait de travailler dans le milieu équestre. C’est une véritable passion pour cette jeune fille scolarisée en Première L, détentrice d’un Galop 6 de Cavalier.

Marion hésitait à formuler la chose comme une possibilité et hésitait encore davantage à en parler à ses parents de peur de les inquiéter. Assez particulières, les formations équines ne sont, il est vrai, guère aisées à dénicher et requièrent une assiduité et une volonté importantes.

Après de nombreux échanges (textos, skype), Marion et ses parents ont finalement convenu d’orienter mes recherches sur deux axes : une voie « raisonnable », qui conduirait Marion vers l’enseignement, mais aussi un cursus dans le monde équin qui lui permettrait de « se lever tous les matins pour vivre de sa passion ».
Ces 4 mois d’accompagnement ont permis de transformer un « non, c’est trop risqué » en « pourquoi pas », puis en « on y va !» dans le cadre d’une filière équine adaptée au profil de Marion, tout en conservant l’option « raisonnable » vers les métiers de l’enseignement.

Marion dispose maintenant de quelques mois pour se décider et choisir. Mon petit doigt me dit qu’elle est si heureuse et soulagée d’avoir trouvé un métier dans le monde du cheval, avec l’aval de ses parents, qu’elle va suivre la voie « passion ». Elle va probablement OSER.

J’ai le sentiment d’avoir été utile. J’en suis heureuse et fière.

Carole Lasanté est Conseillère d’orientation à Sèvres (92).