Déconstruire l'école. Qui a eu cette idée folle ?

Retranscription d'une partie de l'entretien accordé par Sophie Laborde-Balen au magazine Causeur dans le cadre d'un dossier consacré à la réforme de l'enseignement.
Causeur n°25 de juin 2015
Causeur. Comment avez-vous eu l’idée de créer Tonavenir.net ?

Sophie Laborde-Balen. En 2008, ma fille aînée, Salomé, avait 17 ans, et je me suis aperçue qu’il y avait un gros problème d’orientation dans notre système scolaire. Il faut dire que c’était une jeune fille un peu atypique qui avait envie de partir loin et d’avoir un métier pas comme les autres. Elle posait donc des questions hors normes auxquelles je ne trouvais presque pas de réponses. J’ai rencontré plusieurs associations qui me proposaient des brochures sur les différents cursus, mais aucune ne fournissait d’aide personnalisée. Je me suis donc mise à chercher par moi-même. Puis, me prenant au jeu, j’ai décidé de vendre mon cabinet de podologie et de me former à un nouveau métier : le conseil à l’orientation. J’ai fini par monter mon cabinet fin 2009.

Vous êtes devenue une spécialiste de l’orientation en assez peu de temps. Comment vous y êtes-vous prise ?

J’ai envoyé un nombre incalculable de mails à des proviseurs de lycée et des doyens d’université, qu’il m’arrivait aussi de rencontrer. En deux ans de travail, j’ai rédigé entre 1 500 et 2 000 fiches – aujourd’hui, ma base de données en comporte plus de 4 000 – apportant des réponses concrètes sur l’intégralité des filières existantes : « Quelle est la différence entre le BTS commerce international et le BTS management des unités commerciales ? Quels livres lire l’été précédant le concours d’entrée à Sciences Po ? » Quel est le profil type de vos clients ? J’accompagne des jeunes de 15 à 25 ans, de l’élève de troisième à l’étudiant de licence qui ne sait pas quel master choisir.

Quant aux parents, leur caractéristique commune, c’est bien évidemment d’être intéressés par le devenir de leurs enfants et de vouloir savoir quels métiers ont le plus de débouchés. Dans mon cabinet de Saint-Cloud, j’ai plutôt affaire aux classes moyennes supérieures, mais nous avons développé 17 antennes franchisées qui reçoivent des publics plus divers. À Saint-Étienne, ou à Mitry-Mory, en Seine-et-Marne, à la limite du 93, mes conseillers franchisés travaillent avec des élèves de milieux moins favorisés. Au total, nous traitons environ 3 000 dossiers par an et nous ouvrirons bientôt des antennes à Nantes et à Aix-en-Provence.

Vous semblez combler une partie des carences de l’Éducation nationale. Croyez-vous possible que l’école assure un service d’orientation aussi personnalisé que le vôtre ?

Les conseillères d’orientation font bien leur travail mais n’ont pas le temps de consacrer six heures à chaque élève et à sa famille comme nous faisons. Je ne vois d’ailleurs pas comment le budget du ministère pourrait assurer cette charge ! Ce que je regrette, c’est que l’Éducation nationale rejette toutes mes offres de partenariat et prétende n’avoir besoin d’aucune aide extérieure. C’est un sacré manque de lucidité, car, chaque année, nous avons de plus en plus d’élèves, ce qui prouve que nous apportons un plus. Mais, pour l’Éducation nationale, privé est synonyme d’affairisme. Les profs ne devraient pourtant pas se leurrer, car énormément d’élèves prennent des cours privés. En terminale, ils sont 95 % à prendre au moins un petit cours en dehors du lycée. Pourquoi serait-ce choquant que les enfants aient recours à un cabinet d’orientation privé alors qu’ils font déjà appel au soutien scolaire privé ?

Le site du magazine Causeur – « Surtout si vous n’êtes pas d’accord »